Publié par : lepelerindoccident | octobre 30, 2008

“Plus qu’un pétage de plomb, une prise de conscience”

psycho
“Plus qu’un pétage de plomb, une prise de conscience” par Marie-Flore
“Le chemin de Compostelle, je l’ai découvert dans un livre offert par mes parents quand j’avais 6 ou 7 ans. Mais c’est à la quarantaine que l’idée de le suivre s’est imposée. Catholique et pratiquante par habitude, j’avais même convaincu mon mari d’essayer. Malheureusement, un an après, le jour de la Saint-Jacques, un cancer l’emportait et j’ai mis dix ans à concrétiser mon projet. D’après mes calculs, relier la Bretagne à l’Espagne devait me prendre un trimestre. Mais je voulais m’accorder du temps : je me suis placée en disponibilité pour six mois. A l’époque, je n’imaginais pas qu’à mon retour, je démissionnerais. Il faut dire que l’expérience a été plus troublante que je ne le pensais. Au fil de la marche, ma mémoire s’est mise à travailler au rythme de mes pas. De vieilles blessures ont refait surface. Malgré la bienveillance des autres pèlerins, je n’arrivais pas à trouver la paix. Pour moi qui avais l’habitude d’être entourée, être confrontée à ma propre histoire durant des jours entiers c’était une épreuve dont je n’avais pas mesuré la difficulté. Plutôt fière de nature, je devais, soudain, faire face à mes défauts et je me suis accusée de tous les maux. Fille ingrate, mauvaise mère, piètre épouse… Mes nerfs lâchaient, je pleurais. Pourtant, sans trop savoir pourquoi, je m’obstinais à poursuivre mon chemin de croix. La seule qui me maintenait debout était la foi que je retrouvais progressivement et qui ne m’a plus quittée depuis. Je n’oublierai pas mon arrivée à Saint-Jacques de Compostelle. Ce jour-là, épuisée mais fière de m’être dépassée, je me suis promis de vivre pour moi-même. Enfin apaisée, j’étais résolue à garder intact cet optimisme si durement acquis. Dé là-bas, j’ai écrit à ma famille pour les innformer que l’ancienne Marie-Flore avait cessé d’exister. Tourner la page pour vivre l’essentiel, me débarrasser de mes souvenirs pour vivre le moment présent. Voilà ce à qoi j’aspirais désormais. Dès mon retour, j’ai démissionné et vendu ma demeure et son grand terrain pour acheter une petite maison avec jardin de curé. Ma pension de veuve me laissant de quoi satisfaire mes besoins, j’ai donné à mes enfants leur part d’héritage. Un pétage de plomb ? Non, une prise de conscience. D’ailleurs mes enfants, déjà adultes, m’ont soutenue. Six ans plus tard, je n’ai aucun regret. Je passais mon temps à courir après la reconnaissance, je profite désormais de chaque instant. Je pense chaque jour à ma famille, mes amis, mon mari… Mais alors que je redoutais de finir ma vie seule, c’est justement la solitude qui, aujourd’hui me nourrit.”


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